Charles Baudelaire 1821-1867 dit le poête maudit.

Ce poème ne figurait pas dans la première édition "des Fleurs du Mal" (1857). Il fut publié dans la revue "L'artiste" du 15 octobre 1860 et intégré dans l'édition de 1861 sous le numéro 85 (LXXXV). Il porte le numéro 107 (CVII) dans l'édition posthume de 1868. Dans les deux cas, il clôt la section Spleen et Idéal. A noter le H majuscule à Horloge.

Pour mieux réfléchir et étudier ce poème voici ce que j'ai trouvé. Car bien évidemment, chacun sait que les poèmes ne s'écrivent pas n'importe comment. Certains ont oublié ou ignorent la construction d'un poême. Il ya aussi la prose. Bref, de mon temps, nous apprenions tout cela à l'école. Ah ! Nostalgie quand tu nous tiens...

 

La forme : forme libre, six quatrains en alexandrins, soit 24 vers de 12 pieds, comme les 24 heures de la journée et les 12 divisions du cadran de l'horloge. Les vers sont souvent heurtés, avec des accents irréguliers, rythmés par l'injonction Souviens-toi !. Les rimes sont embrassées, et les rimes masculines alternent avec les rimes féminines au fil des strophes : M F F M - F M M F - M F F M, etc.

 

                                            L'Horloge

 

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: « Souviens-toi !images01
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

1. L'Horloge - Mylène Farmer (En Concert 89)

 

Avec la parution de ses Fleurs du Mal, en 1857, Baudelaire écope d'un procès pour atteinte aux bonnes mœurs. Il sera condamné à payer une amende de 300 francs et contraint de retirer six poèmes du recueil, parmi les plus beaux. Les pièces censurées ne seront réhabilitées qu'en 1949. Pour la première fois un poète concilie laideur et beauté, faisant surgir le sublime de la réalité la plus triviale.